Parce qu’il n’y a pas que les Transmusicales dans la vie, il y a aussi les Bars en Trans. Evoluant au même rythme que son grand frère, le festival du centre ville Rennais continue chaque année de nous faire découvrir de jeunes talents venus de France et du Canada. Un travail de longue haleine pour les différents membres de l’équipe du festival et surtout pour les deux programmateurs de l’évènement, qui en détail nous délivrent les secrets de leur boulot à Rennes.
Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Bruno Vanthournout, je m’occupe de la programmation et de la production du festival.
Philippe Le Breton, je m’occupe de la programmation et puis des partenaires privés, mais on s’occupe tous les deux de la coordination de l’ensemble des Bars en Trans.
Et ca fait combien de temps que vous faites ça ?
BV : c’est notre 9ème année à tous les deux.
PLB : Moi ça fait 12 ans que je bosse pour le festival, avant je faisais de la promo, mais ensemble sur l’organisation des Bars en Trans, ça fait 9 ans.
Vous pouvez faire un petit rappel historique du festival pour les gens qui ne connaissent pas ?
BV : Alors les Bars en Trans historiquement ça a commencé par les « Apéro Trans », je crois que c’était en 1986 la première apparition du truc puis après ça a fait son bonhomme de chemin, les Trans ont lâché l’histoire ; ça a été pris en route par le CRIJ (CENTRE REGIONAL INFORMATION JEUNESSE BRETAGNE) à un moment, enfin c’était le CIRT à l’époque, et après ça a été Bistro de Café, et c’est géré par 3 P’tit Tour depuis 96. Et nous on a repris, et ça fait la 9ème édition qu’on s’occupe de la programmation et du festival.
Justement par rapport à cette organisation, est ce que vous faites face à des difficultés avant et même durant le festival ?
BV: euuuuh, bah rien, tout va bien (rire)
PLB : En fait, on a fait face à des problèmes d’organisation déjà il y à un bout de temps, c'est-à-dire que tous les ans on essaie de gérer pour que ça fonctionne mieux. Aujourd’hui on organise ça comme un festival donc on travaille à l’année sur la programmation, et avec l’équipe on est entre 7 et 8, avec les régisseurs, les gens qui s’occupent des partenaires, ceux qui s’occupent des dossiers de subventions, donc on est une petite équipe qui travaille toute l’année sur le projet Bars en Trans et puis on essaie pendant les 3 mois avant le début du festival, de monter une histoire. C'est-à-dire qu’il y a autant d’histoire administrative, que d’embauche, de sécurité, il y a aussi des questions purement artistiques, de logement, voilà l’ensemble des éléments pouvant poser problèmes.
Le fait que le festival se déroule exclusivement dans le centre de Rennes et dans ses bars pose t’il problème ?
PLB : non car on travaille en collaboration avec la mairie, ainsi qu’avec tous les services d’hygiène et de sécurité. Vu qu’on travaille comme un festival d’extérieur on respecte les cahiers des charges, et on collabore aussi bien avec la préfecture, on a donc pas de difficultés, justement on est autorisé à faire les Bars en Trans car on respecte la LOI.
BV : C’est bien dit (rire)
L’échéance approche, après une année de préparation quel sera votre rôle durant ces 3 jours ?
BV : Accueillir les artistes, discuter avec eux, puis répondre aux questions et aider les gens qui travaillent sur le festival.
PLB : l’idée c’est d’être là quand il y aura des problèmes d’organisation, y répondre et trouver des solutions. Mais c’est aussi accueillir les professionnels, car on fait beaucoup de rencontres, on répond à beaucoup d’interviews, et puis on est là aussi pour faire de la « relation publique » avec les gens qui nous financent, avec la mairie. Cette année on fait un truc avec le Canada et le Québec donc on fera un repas pour sceler notre relation. On est donc présent mais c’est vrai que le boulot il est avant et puis surtout notre boulot principal c’est de faire en sorte que des équipes puissent travailler ensemble pendant le festival, donc notre boulot c’est de la coordination en fait.
Un peu de relationnel quand même !
BV & PLB : BEAUCOUP de relationnel
PLB : En fait la période des TRANSMUSICALES c’est une période où beaucoup de professionnels français et du monde entier, viennent voir, on va dire des jeunes groupes, des découvertes. Les Transmusicales c’est plus sur de la découverte internationale, nous on sera plus dans la découverte Francophone, donc c’est avant tout des rencontres. Ça s’appelle d’ailleurs « les rencontres Transmusicales » et nous on est intégré à ce modèle là.

On parle de rencontre, du coup arrivez vous à suivre les artistes durant ces 3 jours ?
BV : ooh non !! Enfin on essaie de faire une double équipe, mais on ne peut réellement pas. On essaie de passer dans chaque bar tous les soirs pour chopper l’ambiance de la soirée, pour voir comment le public réagit, comment ça prend avec les gens parce qu’avant tout on fait ça pour les groupes mais on fait ça surtout pour les publics.
Et ces groupes, vous les voulez depuis longtemps ou parfois il y a des coups de cœur de dernières minutes ?
BV : Il y a les deux, il y a des projets qu’on suit depuis longtemps, 1 an voir 2, et d’autres fois ça fait que 6 mois et puis il y a des coups de cœur de dernière minutes. Souvent il y a une volonté artistique quand même, on veut explorer une nouvelle thématique musicale qu’on n’a pas faite avant, donc on va fouiller dans les projets qui correspondent à la thématique.
PLB : par contre l’idée c’est de toujours faire attention à ce que les groupes aient une vraie personnalité, ayant déjà une expérience live, on ne va pas chercher un gars qui a juste 2 morceaux sur myspace, ne sachant pas ce que ça va donner sur scène. C’est un peu risqué.
BV : ce n’est pas forcément rendre service au groupe non plus sachant que cette période où beaucoup de professionnels sont présents, sera charnière ou essentielle aux groupes qui passent. Donc ça nous arrive de garder sous le coude des projets qui méritent d’être suivis mais on les sort 2 ans après parce qu’ils auront muri. LISA PORTELLI par exemple, on l’a vu en 2006 au Printemps de Bourges et ça fait 4 ou 5 ans qu’on la suit car elle a mis du temps à trouver sa stabilité de projet et du coup maintenant elle peut le faire. Pareil pour La Femme, on a voulu les faire l’année dernière et on s’est dit nan ça sert à rien, ça va passer à travers du coup on a laissé murir encore une année. Quitte des fois à arriver trop tard.
PLB : Comme avec THE DO, on pensait que ce n’était pas le moment de le faire puis l’année d’après c’était au TRANS
BV : Limite c’est tant mieux pour eux.
PLB : Puis on est aussi dans le respect du public, tu vois si un groupe est un peu à chier, si il sait pas trop bien jouer les gens sont déçus car ils payent et viennent voir des groupes qui savent jouer. Les groupes sont au début de leur existence et nous on est sur une scène émergente, donc on leur file un premier coup de main pour qu’ils jouent dans un premier festival. Ce sont de jeunes pousses qui vont… comment dire, éclorent ?!
BV : Oui, c’est notre côté jardinier qui ressort.
C’est quoi votre coup de cœur ou l’artiste phare qui va ressortir vraiment du festival ?
BV : Malheureusement nos coups de cœur ne sont pas forcément ceux qui vont devenir les plus gros (rire). Mais moi il y a un truc que j’ai vraiment envie de voir ça s’appelle Oscar & The Wolf, je suis vraiment curieux de voir ça. Puis il y a aussi le mec de Tucson là, Brian Lopez, c’est du Jeff Buckley, quand Laurent Allinger, qui est l’ancien DJ des Little Rabits nous a proposé l’histoire il nous a dit « je te jure la dernière fois que j’ai pleuré devant un artiste c’était lui » du coup on se pose pas de questions on fonce. Et quand on a écouté… ah ouai ! ah ouai !!!
PLB : Moi aussi c’est peut être pas des groupes qui vont exploser, mais il y a Pat Jordache le canadien que j’aime bien, et puis il y a Piano Chat, ce sont les deux trucs qui m’ont fait délirer quand je les ai vus sur scène.
Vous attendez des performances sur scène je suppose ?
PLB: Ouai tout à fait, il y a des groupes, on sait déjà que ce sont des bêtes sur scène. Pour le coup, le petit garçon de Piano Chat, c’est un charisme monumental, pareil chez les Canadiens de Monogrenade c’est super beau, on dirait une messe. Mister Heavenly c’est la même chose. Dans les Canadiens, on sait que leur côté très pro de la musique et très chaud marchera forcément. Tu vois les Young Empires, qui seront là pour la soirée elektro ça sera pareil, visuellement c’est juste une tuerie, après c’est un peu plus compliqué pour d’autres groupes mais on sait que Crane Angels par exemple ça sera aussi une tuerie, car ils ont déjà une vraie existence sur scène.
Voilà c’est un peu nos coups de cœur, mais si on commence à prendre nos coups de cœur par thématiques musicales et bien il y a aussi Giedré, c’est une superbe jolie fille qui a un univers très sympathique, un peu enfant mais avec des textes hyper hardcores. Genre ça parle de féminité, pas au masculin mais presque, ce sont les filles qui racontent ce que normalement elles ne se disent qu’entre elles.
BV : On est surpris quand on écoute ça, c’est presque du spectacle, un one man show.


Pat Jordache Young Empire
Est-ce que vous avez la chance de voir la plus part des artistes sur scène avant ?
BV : Ouai on essaie de voir le maximum, mais on a aussi des relations avec nos réseaux, avec les gens des salles qu’on connaît à droite à gauche, ou avec d’autres festivals, pour savoir comment ça tient. Si ça tient la route, si ce n’est pas trop jeune, pour ne pas les envoyer au casse pipe et pour pas que ce soit une déception.
Le bouche à oreille aussi fonctionne bien, quand on a 2 ou 3 personnes en qui on a confiance qui nous parlent d’un groupe en bien, on fait plutôt confiance.
En parlant de scène, vous choisissez vous-mêmes les bars de la ville, ou vous avez des demandes de la part de certains ?
BV : On a déjà une bonne dizaine de bars qui sont là à peu prêt tous les ans, et puis tous les ans on essaie de s’adapter, comme pour Giedré et Lise, qui sont des projets demandant une écoute, on s’est dit : « quel lieu pourrait faire ces 2 trucs là ? », on a demandé à Perrine du café des Bricoles avec qui on avait travaillé pour Bars in Rennes, on lui a fait écouter et elle a accroché direct. Pour la Bascule, on voulait faire Antilles, mais vu qu’ils font un peu de la musique improvisée c’était délicat, mais même si on ne travaille pas forcément avec ce bar on a pensé à eux, même si on n’a pas tous les ans des projets musicaux comme celui là à leur proposer. Pour le Backstage, c’est eux qui nous appellent, le bar nous présente ses goûts (plutôt Hip-Hop ) et on avait pas forcément de lieu pour ce genre là, donc on rencontre le gars on voit si ça colle, si notre projet colle avec son histoire. Car il y a des bars qui nous appellent en disant : « voilà nous on veut de l’animation du bruit, et vendre de la bière » donc tout de suite nous on dit non, ils n’ont pas besoin de nous pour faire ça.


Lise Lisa Portelli
Vous privilégiez des bonnes relations et si possible sur le long terme avec les bars ?
BV : Oui l’idée ce n’est pas de changer de bars tous les ans, sinon on ne va pas s’en sortir. A partir du moment où ça se passe bien et qu’avec le gars on se comprend, c’est beaucoup plus simple d’établir la relation. La prog, on essaie de l’envoyer en avance dans les bars, en disant : « tiens cette année on va faire ça chez toi, t’en penses quoi ? » on lui demande pas si il est Ok ou pas, sinon on n’a pas fini de discuter. Mais si vraiment il a une allergie sur un truc on peut en parler. Ça nous est arrivé d’inverser les soirées. Mais à force, on connaît les bars, on connaît leurs goûts, surtout ce qu’ils n’aiment pas donc c’est plus facile.
Sur le journal des bars en trans, l’édito est un véritable hymne au vice et à la tentation, vous appuyez à 100% l’idée ?
PLB: On y est pour rien. Mais on appuie plus le fait de faire la fête et pas le vice. Car l’esprit des Trans c’est 3 jours de musiques et de fêtes. C’est un peu le carnaval des Bretons. Tous les gens du grand ouest viennent faire la teuf pendant ces 3 jours.
BV : c’est un peu le 13ème mois.
PLB : C’est le délire de Marc, ça fait 4 ans qu’il bosse avec nous sur les éditos
BV : il s’occupe aussi du quotidien, il a une vraie patte, un vrai ton.
Vous allez faire comment pour tenir durant ces 3 jours de fêtes ?
BV : On est sur les nerfs de toute façon donc c’est plutôt après que ça va être difficile.
PLB : Je pense que tous les gens de tous les festivals te le diront mais tu dors juste 3 heures et tu fais avec.
Tu fonctionnes déjà à la Red bull donc ça devrait aller ?
BV : Moi c’est diabolo menthe donc je ne sais pas c’est quoi le mieux.
Vous avez quoi à dire à ceux qui n’ont pas encore été convaincus par l’édito ?
PLB : Que c’est la dernière fois qu’ils verront des groupes qui exploseront surement l’année prochaine, donc ils pourront raconter à leurs potes qu’ils les ont vus, avec 50 personnes dans un rad.
BV : Ca nous est arrivé pendant Gush aux Vieilles Charrues, on était avec Kem des Eurockéennes, d’entendre un gars gueuler : « Moi je les ai vu dans un bar, aux bars en trans » et là ça fait plaisir. Les gens prennent leur claque et s’en souviennent. Comme les gens qui ont vu Brigitte à la Place l’année dernière avec 200 personnes ils sont contents c’est la classe pour eux. Pareil pour Lilly Wood & The Prick ou Deportivo, il reste de beaux souvenirs.
Même pour vous ça reste agréable !
BV : bah, nous au bout d’un moment on passe beaucoup plus de temps devant les bars
PLB : Ce n’est pas évident de se frayer un passage dans la foule surtout dans une petite salle.
BV : Donc on préfère voir ça dans des salles de concerts assis et tout (rire)
PLB : Même si nos premiers concerts on était en train de pogotter à la cité !
BV : Nan mais on est jamais assis pour les concerts.


Brian Lopez Crane Angels
Même pour le 3ème jour ?
PLB : Non le 3ème jour on sera au Trans.
BV : On s’échappe à 4 heures du mat’, et on va voir Jean-Louis pour lui demander comment c’était.
Vous n’êtes pas frustrés de ne pas pouvoir assister au Trans justement ?
BV : bah si on a grandi avec les Trans donc forcément c’est frustrant. D’autant plus que ça fait 20 ans qu’on y assiste. \
Les Trans ça ne vous fait pas concurrence du coup ?
BV : Nan justement c’est complémentaire, ça ramène beaucoup de monde. Les gens viennent à Rennes, et vu que souvent ils ne peuvent pas se payer les 3 jours, puis t’as pas de camping ce n’est pas comme les charrues ou autre enfin du coup ils passent 2 jours sur 3 dans le centre.
PLB : Puis des fois les gens disent qu’ils vont au Trans puis finalement ils restent dans le centre de Rennes.
BV : Puis il y a des années tu passes la soirée sans mettre les pieds dans un bar en restant sur le trottoir à boire de la bière. Il y a une année ils ont sorti des tireuses devant leur bistro, c’est la seule année où ils ont eu le droit. Alors du coup quand on te demande : « Alors t’as bien bossé pendant ces 3 jours ? » bah tu fais semblant et tu dis oui oui j’ai bossé à mort.
Le festival des Bars en Trans se déroulera les 1, 2 et 3 décembre prochain, dans les bars du centre ville de Rennes.
https://www.facebook.com/barsentrans
L’équipe d’Empreintes Digitales remercie Armel, Bruno, Philippe et Marie qui ont permis de réaliser cette interview au Bar le Bar’hic.
VOUS POURREZ PROCHAINEMENT GAGNER VOS COMPILATIONS DES BARS EN TRANS SUR ED ! ALORS TENEZ VOUS AU JUS !